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ENQUÊTE – FFSA : de la Filière Elf aux millions de l'île Maurice, les questions de Daniel Tréma

il y a 13 heures
8 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 46 minutes

Publié le 6 novembre 2026 | Circuits Infos | Enquête – Sport automobile

Enseigne de la Fédération Française du Sport Automobile (FFSA)

Près de deux millions d'euros dans une opération immobilière au Mans, près de 400 000 euros de commandes adressées à des sociétés mauriciennes, des structures associatives et commerciales étroitement imbriquées : Daniel Tréma, fondateur de la Filière Elf, vient de publier une longue reconstitution historique et financière mettant en cause la gouvernance passée de la Fédération française du sport automobile (FFSA). Alors que le ministère des Sports a engagé une procédure de retrait de l'agrément fédéral, ses révélations soulèvent de nouvelles questions sur la gestion de l'une des plus prestigieuses écoles de pilotage françaises.


La Filière Elf : une école de champions devenue un enjeu financier

L'histoire commence au début des années 1990. Sous l'impulsion du groupe pétrolier Elf, la France se dote d'un outil destiné à détecter et former les futurs talents du sport automobile.


La Filière Elf, installée au Technoparc du Mans, devient progressivement une référence. Sa particularité repose sur un modèle associant formation sportive, enseignement technique et accompagnement vers le haut niveau.


En 2001, après le rapprochement entre Elf et Total, la structure passe sous le contrôle de la Fédération française du sport automobile. Elle devient la Filière FFSA, puis la FFSA Academy.


Mais derrière cette évolution sportive se développe une organisation juridique complexe, mêlant sociétés commerciales, structure sportive, association et société civile immobilière.


C'est précisément cette architecture que Daniel Tréma entreprend aujourd'hui de reconstituer.


Une organisation juridique au cœur des interrogations

Dans son document, Daniel Tréma revient sur la coexistence historique de plusieurs entités juridiques, notamment une société anonyme, une société anonyme à objet sportif (SAOS) et, à partir de 2001, une société civile immobilière baptisée SCI La Filière FFSA.


Selon les éléments qu'il présente, cette dernière est constituée avec un capital initial de 460 000 euros, réparti entre la FFSA et la structure sportive La Filière.


Les documents de décembre 2003 qu'il décrit font apparaître une évolution importante : après une cession de part et une augmentation de capital, la SCI serait détenue à parts égales par la FFSA et l'association La Filière FFSA.


La fédération et l'association disposeraient alors chacune de 1 000 parts.


Les mêmes documents désignent Jacques Régis comme représentant des deux associations.


Cette situation soulève une première interrogation : comment les décisions concernant les biens immobiliers et les investissements étaient-elles prises lorsque les différentes structures partageaient une gouvernance aussi étroitement liée ?


Une proximité juridique n'est pas en elle-même irrégulière. Elle impose néanmoins d'examiner les procédures de décision, les conventions entre organismes et les éventuels conflits d'intérêts.


2013-2014 : près de 400 000 euros de commandes vers l'île Maurice

L'un des passages les plus sensibles du document concerne deux bons de commande attribués à des sociétés implantées à l'île Maurice.


Daniel Tréma cite deux opérations :


Le 1er juillet 2013, un bon de commande référencé G/SC/011589, d'un montant de 206 250 euros, destiné à GEBELIN LTEE, à Rivière Noire.


Le 19 juin 2014, un second bon, référencé G/SC/013813, d'un montant de 190 000 euros, destiné à JIBELIN LTD, à Ébène.


Le total atteint 396 250 euros.


Selon la transcription communiquée par Daniel Tréma, le second document comporte une mention particulièrement intéressante : « contrat géré par le Président ».


Cette indication pose plusieurs questions.


Quelle était la nature exacte des prestations commandées ? Quels services ont été effectivement rendus ? Qui a validé les commandes ? Quels étaient les liens éventuels entre les prestataires et les responsables de la fédération ?


Ces interrogations ne sont pas nouvelles. La presse spécialisée a déjà évoqué des flux financiers controversés vers l'île Maurice dans le cadre des affaires touchant la FFSA.


Toutefois, les bons de commande cités ne suffisent pas, à eux seuls, à prouver que les montants ont été effectivement versés, ni qu'une prestation était fictive ou irrégulière.


Les factures, justificatifs de prestations et relevés bancaires seraient indispensables pour établir la réalité et la destination finale des paiements.


2017 : l'opération immobilière de 1,95 million d'euros

C'est probablement le volet le plus complexe de la reconstitution publiée par Daniel Tréma.


Selon les procès-verbaux qu'il décrit, la SCI La Filière FFSA fait l'objet d'une importante opération sur son capital en février 2017.


L'opération aurait permis à la FFSA de sortir du capital de la SCI, moyennant un montant de 1 953 500 euros.


Daniel Tréma rapproche cette somme de deux postes figurant, selon lui, dans les comptes annuels 2017 de la fédération.


D'une part, la disparition d'un poste de titres immobilisés de 460 000 euros. D'autre part, l'enregistrement de produits exceptionnels sur opérations en capital à hauteur de 1 953 499 euros, accompagnés de charges exceptionnelles de 460 010 euros.


La proximité entre les montants constitue un indice comptable intéressant.


Elle ne permet cependant pas de reconstituer à elle seule l'ensemble de l'opération.


Il faudrait notamment disposer du grand livre comptable, des écritures détaillées, des actes juridiques complets et des justificatifs bancaires.


Autre élément essentiel : la SCI fait ensuite l'objet d'une dissolution avec transmission de son patrimoine à l'association FFSA Académie.


Les biens immobiliers transmis sont évalués à 1 570 000 euros pour les besoins de la publicité foncière.


Cette valeur ne doit pas être confondue avec le montant de 1 953 500 euros de l'opération précédente : les deux chiffres peuvent correspondre à des périmètres et à des méthodes d'évaluation différents.


La question centrale est donc celle de la réalité économique de cette restructuration : qui a financé la sortie de la FFSA du capital, comment le paiement a-t-il été réalisé et quelles obligations ont finalement été reprises par l'Académie ?


Une dette qui aurait pesé sur l'Académie ?

Daniel Tréma avance une hypothèse supplémentaire : la restructuration immobilière aurait pu faire peser sur la FFSA Académie une obligation financière importante.


Il s'interroge notamment sur les garanties bancaires figurant dans des comptes plus récents.


Son document évoque deux cautions solidaires concernant des prêts accordés en décembre 2021 et février 2022, avec des montants indiqués de 1 258 000 euros et 370 000 euros.


Mais un point doit être clairement établi : l'existence de cautions bancaires en 2021 et 2022 ne démontre pas qu'une dette née en 2017 était toujours impayée.


Il faudrait identifier les emprunteurs, les créanciers, les contrats de prêt et les éventuels liens avec l'opération immobilière.


Sans ces documents, il est impossible de conclure à un transfert artificiel de dette ou à une ponction irrégulière de trésorerie.


L'interrogation reste néanmoins légitime sur la manière dont les différentes structures ont financé leurs opérations immobilières et commerciales.


Jacques Régis et Nicolas Deschaux : une gouvernance désormais contestée

Au-delà des opérations financières, le document de Daniel Tréma met en lumière le rôle de plusieurs dirigeants historiques.


Jacques Régis, ancien président de la FFSA, apparaît dans différentes étapes de la gouvernance de la Filière. Nicolas Deschaux, qui lui succède à la tête de la fédération, est également cité dans les actes et décisions présentés.


Christophe Lollier, arrivé au Mans en 2004 avant de devenir directeur technique national en 2015, occupe une place importante dans cette organisation.


Daniel Tréma s'interroge notamment sur le cumul de ses responsabilités sportives et opérationnelles.


Ces questions rejoignent un contexte institutionnel particulièrement tendu.


En mars 2026, des révélations de presse concernant le fonctionnement de la FFSA et l'influence présumée de ses anciens dirigeants provoquent une crise majeure.


Le ministère des Sports effectue un signalement au procureur de la République de Paris le 4 mars, sur le fondement de l'article 40 du Code de procédure pénale.


Une mission d'inspection générale est ensuite diligentée afin d'examiner le fonctionnement et la gouvernance de la fédération.


Octobre 2026 : le ministère des Sports franchit un cap

Le 8 octobre 2026, Le Parisien révèle que les conclusions de la mission d'inspection sont particulièrement sévères et qu'un retrait de l'agrément fédéral est préconisé.


Le 22 octobre, Marina Ferrari, ministre des Sports, annonce l'engagement de la procédure de retrait.


Le ministère confirme cette décision par communiqué le 23 octobre, évoquant des manquements concernant la gouvernance de la FFSA, le fonctionnement démocratique de ses instances et le respect de ses obligations.


La procédure comprend une phase contradictoire permettant à la fédération de présenter ses observations.


Dans le même temps, le ministère engage des échanges avec le Comité national olympique et sportif français afin d'anticiper les conséquences d'un éventuel retrait.


Le président actuel de la FFSA, Pierre Ragues, indique alors que la fédération n'a pas encore reçu les éléments officiels lui permettant de répondre précisément aux griefs. Il affirme vouloir préserver la continuité des activités sportives.


À la date du 6 novembre 2026, l'ouverture de cette procédure ne doit pas être confondue avec une décision définitive de retrait d'agrément.


De même, les conclusions de l'inspection administrative ne constituent pas, en elles-mêmes, une condamnation pénale des anciens dirigeants.


Daniel Tréma affirme être lui-même appelé devant la justice

La publication de Daniel Tréma prend une dimension particulière lorsqu'il indique être invité au tribunal par Jacques Régis, Nicolas Deschaux et la FFSA, représentée par Pierre Ragues.


Il ne précise toutefois pas, dans le texte communiqué, la juridiction concernée, la date de l'audience ni la nature exacte de la procédure.


Ces informations restent donc à confirmer.


Son témoignage s'inscrit dans une histoire personnelle et professionnelle directement liée à la création de la Filière Elf.


Son expérience lui donne une connaissance historique du projet, mais ses accusations financières doivent être appréciées au regard des pièces justificatives et des réponses des personnes mises en cause.


Les questions auxquelles il faudra répondre

Au terme de cette reconstitution, plusieurs interrogations demeurent.


Les deux sociétés mauriciennes ont-elles réellement perçu les sommes correspondant aux bons de commande de 2013 et 2014 ? Les prestations ont-elles été réalisées et correctement justifiées ?


Quelle a été la destination exacte des 1 953 500 euros associés à l'opération immobilière de 2017 ?


Comment la SCI La Filière FFSA a-t-elle été restructurée avant la transmission de son patrimoine à l'association FFSA Académie ?


Quels liens existaient entre les dirigeants, les organismes fédéraux et les sociétés concernées ?


Enfin, les opérations financières évoquées dans cette reconstitution font-elles effectivement partie des faits examinés par les autorités judiciaires ?


Sur ce dernier point, aucune information publique consultée ne permet d'établir avec certitude le périmètre précis d'une éventuelle enquête pénale concernant chacune de ces opérations.


Une affaire qui dépasse les dirigeants de la FFSA

L'affaire intervient à un moment particulièrement sensible pour le sport automobile français.


La FFSA constitue un maillon central de l'organisation des compétitions, de la formation des pilotes, de la délivrance des licences et du fonctionnement des associations sportives automobiles.


Au-delà des responsabilités individuelles qui pourraient être établies, c'est donc la confiance dans la gouvernance de l'institution qui est en jeu.


L'histoire de la Filière Elf avait commencé avec une ambition : donner à de jeunes pilotes et mécaniciens français les moyens d'accéder au plus haut niveau.


Trente ans plus tard, les questions posées par Daniel Tréma concernent moins les résultats sportifs de cette école que la gestion des structures juridiques et financières qui l'entourent.


La justice devra établir les éventuelles responsabilités pénales. Les documents comptables devront permettre de retracer les opérations financières. Et la FFSA devra répondre aux interrogations qui pèsent désormais sur sa gouvernance.


Pour les licenciés, les clubs, les organisateurs et les pilotes, l'enjeu est considérable : comprendre comment la fédération en est arrivée à une crise institutionnelle susceptible de remettre en cause son agrément ministériel.


Sources et méthodologie

Cette enquête documentaire s'appuie sur la publication de Daniel Tréma consacrée à l'histoire de la Filière Elf et aux opérations financières de la FFSA entre 1993 et 2026, communiquée à Circuits Infos ; les informations publiées par Le Parisien les 8 et 22 octobre 2026 ; le communiqué du ministère des Sports du 23 octobre 2026 ; les articles de Circuits Infos des 9, 22 et 23 octobre 2026 consacrés à la crise fédérale ; et les informations publiées par L'Équipe concernant la gouvernance et la procédure de conciliation du CNOSF.


Les actes, procès-verbaux, bons de commande et extraits comptables décrits par Daniel Tréma n'ont pas tous été consultés directement dans leur version originale pour la rédaction de cet article.


Les personnes citées bénéficient de la présomption d'innocence. Les accusations et hypothèses exposées ne préjugent d'aucune décision judiciaire.


Circuits Infos reste ouvert aux observations, documents et droits de réponse des personnes et organismes concernés.


 
 
 

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Serge Delaissieux est rédacteur pour Circuits Infos. Spécialiste des compétitions sur circuit, il met en lumière l’actualité du sport automobile français avec rigueur et passion.

Serge Delaissieux est rédacteur pour Circuits Infos. Spécialiste des compétitions sur circuit, il met en lumière l’actualité du sport automobile français avec rigueur et passion.

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